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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 14:37

Un des plus grands mérites, à mes yeux, dont peuvent s'enorgueillir tous les gens qui agissent positivement pour la promotion de l'âne en France est d'avoir débarrassé cet animal d'une bonne partie des à-prioris négatifs ou humiliants qui lui restent encore attachés dans les esprits les plus rustiques.

Eleveurs indépendants ou groupés en associations d'utilisateurs, associations de races, artistes, écrivains, webmasters, journalistes, nous avons tous contribué à modifier l'image de l'âne dans l'esprit d'une partie de la population.

Longtemps en Berry l'âne a été associé à une sorte de ruralité paradoxale, fossile d'une société en déclin qui semblait s'attacher aux fantômes d'un passé pour conjurer sa prochaine extinction. L'âne y apparaissait comme le faire-valoir d'une culture qui se voulait rabelaisienne, plus pauvre que drôle, que certains évoquent avec nostalgie.

L'âne de 2009 n'a plus grand chose à voir avec celui de 1909. Plus grand, plus fort, mieux soigné, aimé par ses maîtres, il passionne autant qu'il étonne ces humains du troisième millénaire qui le redécouvrent. Il reste pourtant beaucoup de chemin à faire pour continuer à éradiquer les bêtises affligeantes qui peuvent circuler sur lui, les méchancetés et les violences dont il est encore trop souvent la victime. 

Bonne année à tous et bon courage dans vos élevages!

 
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 08:19

Le cap des 4000 visites a été franchi en Octobre. 4000 visites ne signifient pas que 4000 lecteurs ont lu tous les articles de ce blog, mais ce chiffre donne une bonne idée de l'intérêt du public pour un animal rare et attachant.
Merci à tous, y compris à mes détracteurs, qui ont fréquenté ces pages. Je rappelle que ce travail d'information sur l'âne Grand Noir et d'actualité de mon élevage est réalisé en totale indépendance des associations de promotion des races asines. Textes et photographies sont ma création, pas des emprunts plus ou moins maladroits faits au détriment d'autres sites, comme on le voit sur certains blogs.
Il est bien entendu évident que l'aventure continue. N'hésitez pas à laisser des commentaires pour réagir aux articles mis en ligne.
Rendez-vous dans quelques mois pour la 5000e visite! 
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 08:40

Les semaines passées ont confirmé que notre ânesse orpheline, Utah, était tirée d'affaire et s'apprêtait à aborder l'hiver sans crainte pour sa santé, mais le plus intéressant dépasse maintenant le strict cadre alimentaire. Pour adapter les besoins en nourriture des animaux aux possibilités de nos terrains, nous avons il y a un mois environ ramené nos femelles adultes dans leurs prés habituels à quelques kilomètres de la maison, ne conservant avec nous qu'une femelle juvénile, une adulte suitée d'un jeune mâle et la petite Utah. Il est rapidement apparu que cette femelle, Malicorne, s'occupait presque autant d'Utah que de son ânon, surveillant ses aller-venues, la conduisant sous l'abri en restant elle même sous la pluie, en lui réservant un espace au moment de la distribution du foin..

Cet état s'est confirmé il y a une semaine lorsque que nous avons ramené nos dernières bêtes avec leur congénères, dont trois jeunes mâles, parmi lesquels un entier qui n'a pu être castré à l'automne. La remise au pré s'est faite sans incident jusqu'à ce qu'un des mâles tente de poursuivre la jeune ânesse. La réaction de Malicorne a été immédiate et sans appel. Elle a abandonné un instant son ânon pour aller s'interposer entre l'intrus et Utah, se retournant  pour ruer et l'éloigner. A chaque visite à l'élevage, nous pouvons constater qu'Utah accompagne toujours le même groupe dont les trois ânes qui sont restés avec elle autour de chez nous. Elle n'a pas été victime de la moindre morsure, preuve que des animaux plus forts prennent soin de la défendre en notre absence.

Il semble que nous soyons face à un cas d'adoption spontanée qu'il va être intéressant de suivre dans les mois qui vont viennent.

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 11:08

Le cas ne s'est présenté que deux fois dans notre élevage. Tout à fait au début de l'aventure, Tara, notre première ânesse, a trouvé une faille dans les clôtures et est partie vagabonder dans la nature, oubliant derrière elle son ânon. Cette bête produisait du lait en quantité, si bien qu'au moment où les deux animaux furent remis ensemble, les mamelles étaient si engorgées que la mère ne put qu'éloigner son ânon par des ruades pour éviter la douleur de la traite. Notre vétérinaire nous conseilla de séparer les deux animaux, ce qui imposa un sevrage à quatre mois à une petite ânesse qui pût être remise avec sa mère au bout de quelques jours, et dont l'alimentation fut soutenue avec des granulés.

La situation actuelle est beaucoup plus triste. Il y a une quinzaine de jours est tombée sur un sol rendu glissant par la pluie Pelaudine, une jeune femelle suitée d'un ânon de quatre mois. La pauvre bête, de faible constitution après un accident de naissance, n'a jamais pu se relever malgré les soins prodigués par notre vétérinaire. L'euthanasie était la seule solution pour respecter la dignité de l'animal. Pelaudine est partie pour toujours, laissant une petite orpheline complètement perdue sans sa mère.

Nous avons fait le choix de ne pas privilégier la petite Utah et de la laisser dans le groupe des femelles adultes et juvéniles - elles sont sept - pour qu'elle acquière rapidement un statut à part entière dans le troupeau. L'extraordinaire qualité de ces animaux une fois encore est démontrée par l'adoption collective de l'orpheline par le lot entier, qui ne l'a jamais rejetée et qui l'intègre en douceur dans le clan.

Utah bénéficie bien entendu d'un régime alimentaire adapté à sa situation, avec des compléments nutritifs indispensables à sa survie aux portes de l'hiver. La voir suivre les femelles adultes, braire et ruer pour protéger sa pitance est un immense soulagement pour nous.

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 09:27

Des appréciations malveillantes semblant avoir plu sur mon élevage ces dernières semaines, il me semble utile de faire une mise au point sur un énième reproche fait sur Huriel, mon reproducteur, concernant cette fois non plus sa couleur ou sa prétendue méchanceté, mais sur le nombre de saillies réalisées par cet animal. Huriel aurait "trop" sailli dans sa vie, la mesure de cette appréciation reposant sur un argument scientifique irréfutable: "autant qu'un curé peut en bénir avec un balai".

Pour laisser le lecteur libre de se forger sa propre opinion, j'ai recherché dans mes papiers les doubles des cartes de saillies retournées aux Haras Nationaux. L'addition donne le compte suivant:

saison 1999: 10 saillies (4 livres A, 5 livres B, 2 ânesses dont une devenue livre B ultérieurement);

saison 2000: 10 saillies (3 livres A, 6 livres B,1 ânesse reconnue livre  B ultérieurement);

saison 2001: 14 saillies (5 livres A, 9 livres B);

saison 2002: 6 saillies (1 livre A, 5 livres B);

saison 2003: 8 saillies (1 livre A, 6 livres B, 1 ânesse);

saison 2004: 2 saillies (1 livre A, 1 livre B);

saison 2005: 5 saillies (2 livres A, 1 livre B, 2 ânesses reconnues Grand Noir ultérieurement);

saison 2006: pas de saillies;

saison 2007: pas de saillies;

saison 2008: pas d'informations disponibles pour l'instant;

soit 55 saillies, à comparer, pour mémoire, aux centaines de saillies réalisées par les baudets nationaux!

Le bilan des naissances est plus complexe à établir, car certains propriétaires n'ont pas eu la courtoisie, malgré leurs promesses qui leurs avaient permis d'avoir accès aux saillies d'Huriel, de m'informer des naissances dans leur élevage. Mon compte personnel le plus proche de la réalité donne:

10 échecs;

3 avortements (avec produit constaté);

6 mâles DCD;

14 mâles vivants;

19 femelles vivantes;

3 inconnus.

On est loin du fantasme de la marée (Grand) noire....

Parmi les 14 mâles vivants, plusieurs ont été vendus jeunes et castrés, d'autres sont morts ou n'ont jamais été présentés à l'agrément. Sur les 6 mâles morts après la naissance, 5 le sont dans le même élevage, qui n'a jamais été inquiété par mes détracteurs (???).

Je note que parmi les mâles vivants, un a été acquis par les Haras Nationaux, continuant à disperser les gênes de Pompon d'Uzay à la suite d'un de ses cousins, Gabriel, réalisant ce que j'ai toujours refusé de faire aux débuts de la carrière d'Huriel, quand j'ai refusé des dizaines de demandes pour ne pas gaspiller ce patrimoine génétique. Je ne sais pas si l'auteur du trait d'humour douteux du curé et du balai lira un jour cet article ou s'il aura simplement le courage d'aller au bout de sa lecture, mais tant qu'à parler de balai, qu'il s'en munisse et qu'il aille s'activer devant d'autres portes que la mienne.

 

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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 10:05

C'est avec un grand plaisir, et une toute aussi grande fierté que j'espère légitime, que j'ai appris la promotion au titre de baudet reproducteur, d'un jeune âne né chez moi en 2002, Ogham de Meslon. Ce mâle, demi-frère de ma femelle Kolinda de Meslon, ancienne championne de France, a remporté les premières places en concours de dressage et catégorie mâles de quatre ans et plus  lors de l'édition 2008 du concours national de la race Grand Noir du Berry.

La genèse de cet animal est exemplaire et prouve que le refus du conformisme, même s'il est ingrat, se révèle un jour ou l'autre payant, n'en déplaise à certaines personnes qui avaient estimé à l'époque que faire saillir mes ânesses par le père d'Ogham était comme "donner de la confiture aux cochons"!

Le point de départ de cette aventure se situe en Sologne, à la Motte-Beuvron. Intéressé par l'opportunité de monter une formation à l'étalonnage, le lycée agricole de Vendôme achète Faustin de la Filature, fils de Capitan, né chez M. et Mme Brion. Le manque de demande précipite Faustin vers un chômage forcé et le lycée de Vendôme renonce à demander pour lui un carnet de saillie.

2001. Mon propre baudet Huriel de Meslon réalise exploits sur exploits dans les concours, le modèle exigé par les acheteurs est celui d'un âne formaté sur l'allure et les aplombs de baudets de référence comme Vagabond du Berry et Gabriel (en parenté avec Huriel). Les saillies se multiplient, ouvrant une brèche dangereuse dans la diversité génétique de la race Grand Noir. Je tente de communiquer sur ce point, mais il est clair que soit on ne me prend pas au sérieux, soit la majorité des propriétaires se moque totalement de l'avenir du Grand Noir. Une solution consiste à prendre le risque de déplaire à la majorité et de ramer à contre-sens de la mode ambiante, en mettant des femelles intéressantes génétiquement sous des baudets imprésentables en concours, car trop clairs de robe. J'avais bien avant ces années fait ce choix en faisant confiance à Espoir de Laleuf, en station chez Eric Chéramy. De cette saison naquirent Klannad de Meslon, deuxième baudet né dans mon élevage, propriété de Michel Depigny et Kolinda de Meslon, championne de France 2003. Klannad réunit les gênes d'Espoir et de François de Coursey par une généalogie inédite.

Fort de ces exemples, je propose au lycée agricole de Vendôme de louer Faustin et lui fait couvrir mes meilleures femelles d'alors, m'attirant les foudres de mes habituels censeurs. Les œuvres de Faustin se traduisent par la naissance de trois petits mâles, Ogham, Orsan et Odilon. Le dernier rejoint l'élevage de Michel Depigny, le second part à la conquête des Cotes-d'Armor et le premier, Ogham, est acheté par m. Jean-Marie Paquet, aujourd'hui décédé, qui le choisit dans le but de faire un jour de la reproduction dans sa région, l'Alsace. Sa disparition aussi tragique que brutale aurait pu laisser Ogham dans l'anonymat mais un éleveur lorrain, m. Pascal Garnier décide de tenter à son tour l'aventure, fait l'acquisition d'Ogham et s'applique avec tout son savoir-faire à le faire promouvoir baudet Grand Noir du Berry, m'offrant personnellement la fierté d'avoir donné trois baudets à la race - un record pour un éleveur dissident....

Il est donc tout à fait évident que le travail de m. Garnier ouvre de très intéressantes perspectives à des éleveurs qui voudraient retremper leurs souches avec un sang rare. Ogham est en parenté avec Huriel, mais est compatible avec toutes les autres origines, exception faite des rares produits de Capitan.

A titre personnel, la reconnaissance d'Ogham prouve que mes choix et mes arguments déplaisent peut-être, mais qu'au bout du travail il y a des animaux, tandis que d'autres ne produisent que des mots.

J'apprécie encore plus le travail de Pascal Garnier qu'il a prolongé et réalisé le rêve et les espoirs de Jean-Marie Paquet, à la mémoire duquel je dédie ces lignes.

Bravo à cet éleveur et son mâle. Toute personne qui souhaiterait entrer en contact avec lui peut me demander en message privé ses coordonnées. link

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 07:48


L'âne a, à tort ou à raison, la réputation d'éloigner les serpents par l'odeur de ses urines et par son piétinement. Ce qui est moins connu, c'est sa capacité à les éliminer physiquement. Les reptiles ne sont pas les seules victimes des sabots de nos équidés favoris. Les chiens sont souvent maltraités par les ânes - mais il existe des exceptions, certains chats peuvent revenir à la maison avec des marques de coups assez suspectes et les hérissons, pourtant inoffensifs, sont parfois retrouvés morts ou blessés dans les pâtures. 
J'ai eu, à trois reprises, l'occasion de constater que l'âne détruit les serpents qu'il trouve sur son chemin. Il y a deux ans, une couleuvre coronelle était trouvée morte écrasée près d'un vieux mur. Cette année, ce sont deux grands orvets qui ont eu le malheur de croiser le chemin de mes ânesses. A chaque fois, le mode opératoire était identique. L'âne vise la tête des serpents et les piétine. Le reste du corps semble intact. Il est possible que ce comportement soit atavique et rappelle le temps où l'âne vivait dans des steppes semi-désertiques, au contact avec des reptiles beaucoup plus dangereux que ceux qu'il rencontre sous nos climats.

 
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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 09:58

Cette expression est apparue il y a quelques années dans le sillage de la race Grand Noir du Berry. Elle stigmatise les animaux doté d'une queue réputée courte et peu fournie sur le fouet. Ce constat agite régulièrement le microcosme asinophile local. Pour certains, la dépilation observée sur la queue de certains animaux est une tare qui s'expliquerait par une dégénérescence de la race, d'autres l'attribuent à un champignon, à un virus, à un parasite...les avis sont variés et ne font pas avancer le débats car privés d'arguments vétérinaires.

J'ai, dans ma pratique d'éleveur et étalonnier, eu à observer de très près le phénomène sur un échantillon d'animaux différents de celui sur lequel on se base le plus souvent, c'est à savoir les bêtes en compétition dans les concours de race. J'ai eu ainsi l'opportunité de suivre un certains nombres d'ânesses qui échappent généralement à l'attention des censeurs, qui voudraient que les mâles présentant ces symptômes soient déclassés comme reproducteurs, et que les femelles atteintes soient exclues du stud-book de la race (ce qui, en passant, aurait le mérite d'effacer une bonne partie de leurs concurrents du paysage - ceci pouvant parfois expliquer cela). Ces bêtes sont rarement présentes sur des foirails, car propriété d'éleveurs peu mobiles ou vivant loin du berceau de la race. Le seul point commun que j'ai pu relever à mon niveau est la couleur de la robe. Ce sont surtout des ânesses très noires qui portent des queues réputées courtes - je dis bien "réputées" car je ne connaît personne qui ait jamais entrepris de mesures à grande échelle. Je n'ai aucun exemple d'âne à la robe claire (bai brun à bai brun foncé) marqué par ce défaut. Pour autant qu'on puisse en juger, il n'y a pas de transmission systématique. Un mâle "queue de rat" peut donner toutes les épaisseurs de fouet possibles, et autant pour les mères. Inversement, des reproducteurs à l'appendice caudal assez fourni ne sont pas garants de produits irréprochables. Le phénomène ne semble pas contagieux car dans un même élevage, tous les modèles peuvent cohabiter pendant des années sans que les sujets nées avec des queues fournies ne perdent leurs poils. Une ânesse dite "queue de rat" peut indifféremment générer des sujets avec des fouets plus ou moins épais. Contrairement à une idée reçue, les animaux avec une queue diminuée ne souffrent pas plus que les autres des attaques d'insectes hémophages.

Alors? Alors je reste sur ma première impression, celle d'une tentative de dévalorisation d'animaux sur un critère très subjectif, mal étudié, sur lequel, si on est honnête, on est incapable de trancher faute de matériel scientifiquement récolté. Une queue bien fournie peut cacher beaucoup d'autres défauts sur un animal et être un bon argument de vente pour qui sait l'employer.

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 07:19

Dans les derniers jours de gestation d'une ânesse, l'éleveur se pose invariablement la question de savoir quand se produira la naissance de son futur ânon, quelquefois par simple curiosité, le plus souvent pour avoir l'esprit tranquille et être sur place pour intervenir en cas de soucis. D'où recherche de l'expérience des "anciens" ou de littérature spécialisée pouvant apporter un embryon de réponse. Il semble qu'en ce domaine, les références soient assez contradictoires.

En règle générale, les manuels spécialisés précisent que les ânes naissent plutôt la nuit, et que les femelles cherchent à s'isoler, voire à se cacher pour mettre bas. J'ai pu il y a quelques semaines débattre avec des éleveurs américains qui pronostiquent des mises-bas plus nocturnes que diurnes. Sur foi de tels éléments, et pour ne pas risquer la santé de mes animaux, j'ai mis un nombre très élevé de fois mon réveil sonner en pleine nuit, fait un grand nombre de kilomètres sous la clarté de la lune et des étoiles, pour arriver dans un pré où les ânesses me regardaient avec une visible curiosité, rien ne semblant se passer de particulier. A part quelques cas incertains, je ne recense à ce jour qu'une seule naissance de nuit (nous avons su que le travail était en cours grâce aux bruits des efforts de la mère, à quelques mètres de la maison), la grande majorité des heureux événements se réalisant à la lumière du jour. Il est donc flagrant qu'un décalage est perceptible entre l'idée générale que le public peut se faire sur la question et mon vécu d'éleveur.

Il n'est pas facile d'expliquer cette contradiction, surtout en l'absence de statistique crédible sur le phénomène. On peut penser à un phénomène local, lié à l'addition de hasards. Mon élevage repose essentiellement sur deux souches par les femelles, mais les mâles ont largement ouvert l'horizon génétique. Il n'est pas impossible que mes deux femelles de départ aient transmis à leurs filles des dispositions propres à ânonner plutôt de jour. L'hypothèse est invérifiable. Plus intéressante est la distinction entre le jour et la nuit, parce que plusieurs de mes animaux ont vu le jour à l'aube et au crépuscule, et c'est peut-être sur cette nuance que se jouent les choses. Confrontée dans un débat sur un forum d'éleveurs anglophones, cette question a peut-être trouvée une réponse toute simple grâce à la remarque d'une texane, qui parlait de différence de latitude et de longitude. Si la longitude peut difficilement être mise en cause, la notion de latitude me semble beaucoup plus pertinente. Les éleveurs américains, nombreux, expérimentés et bien équipés en moyens de communication (l'éternelle question du savoir est de connaître l'origine d'une information, et il n'est pas impossible qu'inconsciemment nous relayions des connaissances d'outre-Atlantique dans nos conversations d'éleveurs) travaillent dans un pays méridional que nos régions (le Texas est à peu près à la même distance de l'équateur que la Mauritanie).

La durée du jour et de la nuit s'y équilibre beaucoup plus que chez nous, l'aube et la tombée de la nuit étant plus courts qu'en Europe de l'Ouest. Or, nous savons que la fertilité des ânesses est influencée par la durée de l'ensoleillement quotidien, et que le printemps et l'été sont les périodes où les chaleurs sont les plus fécondes, donc où se produisent le plus de naissance - les gens qui s'acharnent à faire saillir leurs bêtes dès le mois de février ont à mon avis plus en tête le soucis de s'en débarrasser chez les étalonniers le temps de faire une coupe de foin que de vraiment recaler le cycle de leurs naissances, mais ceci est un autre débat. Il est donc logique que nos ânons naissent dans la période de l'année où les nuits sont les plus courtes, ce qui peut suffire à expliquer les différences de point de vue d'un continent à l'autre, et peut-être entre celui d'un savant en ânes nourri de littérature technique, et celui d'un éleveur de terrain.

Je me permettrait donc au lecteur qui visiterait cet article d'être vigilant à l'heure du marchand de sable et celle du laitier, s'il souhaite assister à la naissance d'un de ses ânons.

La question enfin de l'ânesse qui se cache pour mettre bas est loin d'être elle aussi tranchée. La même mère peut, d'une année sur l'autre, s'enfoncer dans un buisson de ronces et d'églantier pour se délivrer, ou faire voir le jour à son bébé en plein milieu d'un pré, sans se soucier, en apparence, de présence humaine. J'ai passé cette année plus d'une heure à arpenter un champ en quête du lieu de naissance d'un petit mâle que je venais de trouver tout mouillé tétant sa mère (encore une naissance à l'aube) pour découvrir la poche sur un tas de crottin en plein milieu de l'abri. Des chiffres, ou des témoignages de naisseurs, seraient appréciés pour approfondir ce sujet.

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 22:02


Il y a quelques jours, je traitais sur ce blog de la question des végétaux toxiques abandonnés par négligence ou fainéantise par des jardiniers du dimanche dans des lieux où s'alimentent des équidés. J'ai eu hier la désagréable de surprise de découvrir, en remaniant une clôture électrique, dans une partie du pré dans laquelle je vais rarement, un abandon de déchets de taille de jardin comprenant, dans un sac poubelle et en vrac sur le sol, des coupes de bambou et d'un arbuste non identifié. Le volume correspond au contenu d'une petite remorque. La chance a voulu que je trouve ces détritus avant les ânesses qui paissent sur place et que je puisse les éliminer. 

Que faire? Poser des pièges à loup tous les cinq mètres le long de la route? Seule la pédagogie peut aider à réduire l'inconscience et l'absence de savoir-vivre de nos contemporains. N'hésitez donc pas, dans vos conversations sur le jardinage, qui est une passion pour beaucoup de Français, de glisser quelques mots sur les risques d'abandon de végétaux toxiques en pleine nature. On ne saura jamais mesurer l'impact de tels avertissements, mais cela peut faire mouche.
 

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